Le privilège de n’avoir rien à dire

Je reprends, après un délai de 80 ans, une fantaisie de peindre. L’adolescent que j’étais pendant la guerre de 39-45 dessinait beaucoup. Une de mes œuvres avait gagné un concours et le journal Le Soleil de Québec en avait publié une reproduction dans la page jeunesse de son édition du samedi.

A 17 ans, j’avais annoncé à mon père que je voulais devenir peintre. Ça l’inquiétait beaucoup, lui qui rêvait de me voir médecin ou avocat. Nous avions négocié dur pour que j’aille finalement à l’université… en architecture!

Mais son décès prématuré et le guerre ont tout bousculé. Les automatistes publiaient Refus global que j’endossais avec passion.   Quoique j’aie publié, un peu plus tard, dans le quotidien Le Devoir où j’étais devenu journaliste, une critique assez dure d’une exposition de Borduas.  Dans l’arrogance de ma vingtaine.

Je fréquentais l’atelier du peintre André Jasmin. Très timidement, je lui avais apporté quelques-unes de mes croûtes, lui demandant s’il y avait là assez de talent pour que je puisse ambitionner devenir peintre. Sagement, il avait répondu qu’il n’y avait rien dans tout cela qui annonçait une vocation particulière. Mais qu’il n’y avait rien non plus qui conseillait d’y renoncer. Tout dépendrait du risque que je voudrais prendre. 

Mais la vie m’emportait ailleurs : 65 ans de cinéma. Une carrière fabuleuse! Pour moi je veux dire. Pas en termes de renommée mais en termes de plaisir, d’apprentissage et de relation à l’autre.

Aujourd’hui, alors que j’entre dans la grande vieillesse, mon rêve de peinture revient à la vie. Libéré de toute prétention puisqu’il est trop tard pour faire carrière. Ce qui me procure une grande liberté.

Je fais n’importe quoi. Juste pour le plaisir. Je réclame le privilège de n’avoir rien à dire. Si ce n’est une certaine fascination pour la couleur et quelques fois la forme. La toile et le chevalet me posent d’intrigants problèmes qui vont parfois jusqu’à m’angoisser. Mais la joie qui me gagne lorsque je crois les avoir résolus, éclaire mes jours de vieillard d’une si bienveillante lumière!

Je vous en souhaite tout autant!  

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